"Je puise dans nos systèmes de représentation cosmologiques pour en extraire des formes que je me réapproprie, afin de questionner et réinterpréter ces paysages mentaux à travers l’installation."
"Mes productions, indépendamment du médium choisi, sont toujours initiées
par l’écriture, à partir de mes prises de notes, de pensées éparses, de récits ou de scénarios. J’écris ces corpus de récits qui ont comme volonté d’explorer des espaces physiques ou géographiques, d’interroger la porosité des êtres. Ainsi, j’alterne entre l’écriture, la vidéo, la sculpture et la performance. Ces différentes pratiques me permettent de faire des liens entre mes projets, entre mes écrits et entre les espaces intérieurs et extérieurs. Je m’intéresse aux refuges, aux habitats créés par les êtres vivants avec leur environnement, aux déplacements, mais aussi les failles et fissures pour comprendre mon rapport à ce qui m’entoure. Je cherche à habiter les espaces en y faisant vivre des fictions que j’écris, qui façonnent mon rapport au territoire, toujours en cherchant une forme d’organicité. C’est au cœur des échanges de matières et d’énergies que je situe mon travail."
"Dans ma démarche, je procède à divers prélèvements sur le terrain, que ce soit par le bais de photographies ou des matériaux physiques.
J'utilise ces fragments du réel pour ensuite interroger nos perceptions et nos rapports avec notre environnement et les autres êtres-vivants. J’emprunte aussi bien des codes de l'imagerie scientifique, de l'archéologie, que de la photographie du XIXe siècle.
Que cela soit par le biais de la photo argentique ou par un travail numérique, j’amène et déplace les fragments récoltés vers des formes de fiction.
Il s'agit de donner présence, dans l'espoir d'interagir différemment et d'avoir des relations nouvelles avec ces environnements ruraux à multiples facettes."
"Probablement avant même de savoir lire, l’image était pour moi un
moyen de rencontrer, de comprendre un passé, une histoire. Ma propre histoire.
J’ai grandi à d’Oradour-sur-Glane. Les images interdites de mon enfance de
corps calcinés du massacre de 1944, dignes de tabloïds, à l’impression
sommaire, banalisées, et pourtant tellement présentes, constituent l’archéologie
du chaos sur lequel il a fallu reconstruire. Nous sommes constitués de raisons
enfouies. Une part de moi essaye de les entendre, peut-être pour mieux les
comprendre. Les apaiser, pourquoi pas. Parce que l’image, qu’elle soit de la
mort elle-même, de l’absence de vie, ou qu’elle soit l’image de l’expression des
fantômes — par le truchement du montage, du trucage, de la superposition, du
hasard des captations ou par accident — provoque une émotion chez moi, chez
les vivants, chez celles et ceux qui sont là, en chair, et enclins à les considérer,
une chose indicible, enveloppante et fragile"